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La filière Bétail & Viande : Un business instable et aux nombreuses contraintes

La filière Bétail & Viande : Un business instable et aux nombreuses contraintes

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22 août 2016
Actualité
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Des prix volatiles, des acteurs peu formés, une dépendance à la saison des pluies. Le sous-secteur du bétail et de la viande est très instable. Il faut y ajouter des abattoirs vétustes et non-conformes aux normes internationales. Des épines à ôter, pour tirer le meilleur profit d’un secteur à fort potentiel. 

Aujourd’hui, même s’il y a beaucoup de manquements à corriger, le Sénégal occupe quand même une place centrale dans la fourniture en bétail et viande dans la sous- région. La révélation est de Mamadou Fall Doudou, président de l’Association nationale des professionnels du Bétail et non moins vice-président de la Confédération des professionnels du Bétail des pays d’Afrique de l’ouest. «Ce sont de milliers de têtes qui son exportées du Sénégal vers la Gambie, la Guinée Bissau et une partie  de la Guinée Conakry. On exporte de la viande là-bas. Donc, ce sont des milliers de têtes de petits et gros ruminants. On a même commencé à exporter des porcins vers la Guinée Bissau. Concernant la filière Bétail-Viande, c’est un maillon qui englobe la production, la transformation et la commercialisation», explique-t-il.

Absence de dispositif d’intensification de l’élevage…

Même s’il est perçu en leader du sous-secteur Bétail-Viande, le Sénégal fait face à de nombreuses contraintes. Sinon, comment expliquer que le prix de la viande connaisse une hausse allant jusqu’au double à certaines périodes de l’année ? M. Fall croit en savoir les raisons. «A partir du mois de mai jusqu’en aout, tout le monde croit que la viande est chère. Ce n’est pas seulement au Sénégal mais c’est sur toute l’Afrique car nous n’avons pas de dispositifs d’intensification de l’élevage. Durant cette période, les animaux vont en transhumance et ceux-ci ne sont pas destinés à la commercialisation», explique-t-il.

Evoquant toujours la cherté de la viande dans un pays qui se dit exportateur dans la sous-région. M. Fall estime qu’elle ne se limite qu’à la période de soudure. En effet, durant cette période coïncidant avec le début de l’hivernage, il n’y a pas de frais pour le bétail, les troupeaux accédant directement à l’herbe. «S’il n’en est pas ainsi, ils sont obligés de sortir de leurs poches pour nourrir l’animal et cela se répercutera forcément sur le prix de vente du bétail», poursuit-il.

A l’approche de l’évènement-phare du mouton, communément appelé Tabaski, des milliers de têtes sont importées pour approvisionner le marché. Mais M. Fall refuse d’assimiler ce fait à de l’insuffisance. Selon lui, 2 000 petits ruminants sont abattus par jour, en moyenne. «On parle d’importation du Mali, mais c’est seulement quand approche la Tabaski. Mais après, on importe les bovins. Les moutons ne sont pas importés. Si vous prenez un pays comme la Gambie, la viande qui y est consommée vient du Sénégal. La Guinée Bissau étant enclavée, cela fait que tout le bétail qui y va, passe par le Sénégal. C’est parce que la Tabaski est un événement religieux tout le monde veut avoir son mouton. En dehors de ces événements, on ne dit jamais que le mouton est cher quand il s’agit des gamous et magals. C’est vrai qu’il y a des contraintes, mais l’élevage est en train de se développer au Sénégal. Même au niveau de l’Uemoa et de la Cedeao, on sait que le Sénégal est la locomotive de la côte ouest de l’Afrique», persiste-t-il.

Le problème ne s’arrête pas là. Toujours selon le président des professionnels du Bétail, sur le plan de la production, les acteurs rencontrent d’énormes difficultés.

«Le Sénégal étant un petit pays, il y a un problème d’espace pour les pâturages parce que toutes les zones pastorales sont annexées par l’urbanisation ou bien l’agriculture. Finalement, ça se répercute sur l’élevage et pose également le problème du parcours du bétail, qui est confiné entre l’élevage et l’agriculture. Toujours dans le domaine de la production, les infrastructures font défaut car aujourd’hui, même les marchés à bétail sont envahis par l’urbanisation et ils subissent la délocalisation. C’est l’exemple de Bambey, Diourbel…. Ils sont délocalisés. Il faut des marchés destinés uniquement à la commercialisation du bétail, des marchés fixes mais pas des marchés qui sont transférables du jour au lendemain, à l’intérieur du pays, du fait de l’urbanisation. Faites le constat et vous verrez que l’urbanisation a encerclé les grands parcs et abattoirs de Dakar mais ça ne gêne pas. A chaque fois qu’on délocalise les marchés à bétail, la commercialisation pose problème. Pour envoyer le bétail en ville et trouver un camion de transport, c’est un coût supplémentaire payé au berger», analyse-t-il.

Un projet de 70 000 têtes de bœufs avec le soutien de l’Usaid

Même s’il considère que le Sénégal est autosuffisant, M. Fall révèle que les acteurs ne manquent pas d’initiatives pour faire baisser le prix de la viande. C’est tout le sens du projet de 70 000 de têtes de bœufs à préparer durant la période de soudure. Un projet qui inclut la formation de boucher et d’embouche. «Avec ce gros projet appuyé par l’Usaid, nous n’aurons plus de problèmes de consommation de viande. Nous aurons de la viande de bonne qualité, à des prix accessibles. C’est un projet quinquennal, démarré cette année et qui va jusqu’en 2018», révèle-t-il.

Par ailleurs, les éleveurs se heurtent à la lancinante question du vol de bétail. Même s’il commence à diminuer, les acteurs estiment que la volonté du Chef de l’Etat de criminaliser le vol de bétail, au même titre que la drogue, est une bonne chose. Selon M. Fall, le bétail, c’est l’entreprise de l’éleveur qui lui permet de subvenir à ses besoins. «Tuer son bétail ou le voler, c’est le tuer lui-même et il faut punir le voleur. On est en train de former des bouchers car si le voleur vole et n’a pas où commercialiser son larcin, il ne va plus voler. Le point majeur de la commercialisation, c’est le circuit du vol de bétail. Pour cela, on est en train d’assainir le circuit de commercialisation. En formant des bouchers diplômés,  on diminue le phénomène du vol de bétail. Ils viennent de finir leur formation avec l’appui de l’Uemoa. On a un objectif de 7 000 bouchers sur l’ensemble du territoire national»,révèle-t-il.

Auteur Oumar Fédior /// Journaliste Reporter au Magazine RÉUSSIR

Source: reussirbusiness.com

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